Les prairies : puits naturels captant de grande quantités de carbone

Source : Gembloux Agro-Bio Tech

Date de publication : Mars 2017

Le secteur de l’élevage est souvent pointé du doigt pour ses émissions importantes de gaz à effet de serre et son rôle dans le changement climatique. En effet, selon la FAO, le secteur de l’élevage représente 14.5% des émissions mondiales avec une contribution importante de l’élevage bovin viandeux. En cause, les vaches qui sont connues pour produire du méthane, un gaz jouant un rôle important dans l’effet de serre. Toutefois, ces chiffres, valables à l’échelle mondiale, ne tiennent pas compte de certaines spécificités de l’élevage en Wallonie et plus particulièrement du rôle fondamental des prairies dans nos systèmes de production. Afin de mieux quantifier ces échanges gazeux, les équipes des professeurs Marc Aubinet et Yves Beckers ont focalisé pendant 5 ans leur recherche sur une prairie appartenant à Adrien Paquet située dans la région du Condroz à Dorinne.

Les ruminants sont les animaux les plus capables de transformer l’herbe en viande ou en lait, grâce à certaines bactéries présentes dans leur système digestif. Durant cette transformation, du méthane est produit et est rejeté dans l’environnement par les rots du ruminant.

Un des principaux résultats de cette étude est que les vaches allaitantes de la race Blanc Bleu Belge qui pâturent la prairie ont émis par hectare et par animal 43 kg de méthane pendant qu’elles étaient au pâturage, c’est-à-dire environ la moitié de l’année. On peut donc considérer que, pour 2.3 vaches par hectare (la charge moyenne présente sur les prairies étudiées), l’émission de méthane serait d’environ 200 kg par an, ce qui correspond à 5 tonnes d’équivalent CO2.

L’équivalent CO2 est une unité qui permet de comparer les différents gaz à effet de serre sur une même base. En effet, chaque gaz à effet de serre possède un pouvoir de réchauffement différent. Par exemple, le méthane a un pouvoir de réchauffement 25 fois supérieur au CO2, ce qui signifie que, lorsqu’on parle des gaz à effet de serre, 1kg de méthane est égal à 25kg d’équivalent CO2.

Mais si les animaux émettent du méthane, il ne faut pas oublier que les prairies sont la base de leur nourriture et jouent aussi un rôle dans les échanges de gaz à effet de serre, principalement le CO2. La prairie absorbe du CO2 grâce à la photosynthèse mais elle émet aussi du CO2 via la respiration du bétail qui la pâture, ainsi que via la respiration de la prairie elle-même. Enfin, du carbone est importé dans la prairie via par exemple les applications de compost ou de fumier, mais aussi exporté sous la forme de viande et d’herbe.

Échanges de carbone d’une prairie.

Le bilan carbone complet de la prairie a montré qu’elle a absorbé par hectare et par an 1.6 tonne de carbone, ce qui correspond à 5.9 tonnes d’équivalent CO2. Cette fonction puits de la prairie a donc permis de compenser les émissions de méthane du bétail. Ces résultats sont bien sûr dépendants du nombre de vaches allaitantes à l’hectare mais il était pour cette étude très proche de 2.5, la moyenne en Wallonie.

Le propos doit aussi être nuancé car ces mesures ne tiennent pas compte des émissions d’un troisième gaz à effet de serre important, le protoxyde d’azote. Celui-ci est émis durant le stockage des effluents d’élevage et de l’apport d’engrais, et est une source supplémentaire de gaz à effet de serre dans l’équation. De même, les émissions en amont liées à le production des intrants utilisés pour l’élevage (comme les suppléments alimentaires qui sont donnés aux vaches à l’étable) ne sont pas comptabilisées dans ce bilan carbone.

Cette étude a donc permis de mettre en évidence un intérêt environnemental des prairies qui permettent de stocker d’importantes quantités de carbone. Nos systèmes de production étant largement basés sur la prairie, les chiffres de la FAO, qui n’intègrent pas ce rôle de séquestration, sont peu représentatifs de nos spécificités locales. Finalement, il est important de rappeler que ces stocks de carbone sont fragiles et pourraient être brutalement rejetés dans l’atmosphère comme par exemple lors du labour de cette prairie. Il est donc primordial de les conserver.

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