Nouveau plébiscite pour l’effet puits de carbone des prairies

Source : Luc Servais, awé asbl

Date de publication : Novembre 2016

Le secteur agricole est régulièrement pointé du doigt, notamment pour ses émissions importantes de gaz à effet de serre (GES). Quelle est sa véritable contribution ? Les chiffres utilisés sont souvent incomplets,
difficilement transposables d’un pays ou d’un système d’élevage à l’autre. Depuis plus de dix ans, plusieurs équipes de Gembloux Agro-Bio Tech (GxABT) – Université de Liège utilisent des méthodes micro-météorologiques poussées, pour mesurer les échanges de GES par les cultures et la prairie.

Le premier bilan de ces échanges présentés lors de deux journées d’étude organisées en collaboration avec l’AWÉ et le Service Public de Wallonie (DGO3) met en avant l’ampleur de l’effet puits de carbone des prairies dans les conditions d’élevage wallonne.

L’activité agricole est surtout concernée par la production de CH4 et de N2O et représente 45 % des émissions globales de ces deux gaz. Ceci correspond à une contribution de 15 à 20 % au réchauffement global.  Point positif, les émissions agricoles de GES sont stabilisées depuis les années 90 alors que la productivité agricole continue à croître. L’agriculture ne contribue donc pas à l’augmentation globale actuelle de la production de GES, laquelle est due principalement à l’accroissement des émissions consécutives à l’utilisation des énergies fossiles liées au transport, à l’industrie et à l’habitat. Mais vu sa contribution significative au réchauffement, elle doit également se remettre en question.

Au niveau d’une exploitation, les machines, les bâtiments d’élevage, les prairies, les animaux et les cultures sont des sources de GES. Mais la prairie et les cultures sont aussi des puits de carbone grâce à la photosynthèse. Une estimation précise de leur impact sur le réchauffement climatique suppose de déterminer le bilan global en tenant compte de ces deux flux.

Au terme de l’étude, les chercheurs ont pu déterminer le bilan final de la prairie au niveau wallon en tenant compte de ce qui est émis et absorbé : 

  • La prairie absorbe du CO2 par photosynthèse et en émet par respiration, au final, elle se comporte comme un puits et absorbe annuellement 1,6 tonnes de carbone par hectare, soit 5,9 tonnes de CO2 eq/ha.
  • Les vaches émettent du méthane (CH4) par rumination, l’étude a permis d’estimer le rejet à 43 kg de CH4/bovin/an.

Le bilan final varie d’une année à l’autre, mais le puits l’emporte sur la source. La prairie pâturée se comporte comme un puits de carbone et absorbe annuellement 3,43 tonnes de CO2 eq/ha soit la quantité de CO2 émis par une voiture qui roule 30.000 km par an.

Pour Louis Gourlez de la Motte et Pierre Dumortier, qui présentaient les résultats de cette recherche, ce travail confirme l’intérêt environnemental de la prairie pâturée, montrant qu’une prairie, même gérée de manière intensive, peut contribuer à la mitigation du changement climatique en séquestrant du carbone, pour autant que la charge en bétail soit adaptée à sa productivité. Il a aussi l’avantage de chiffrer de manière plus précise l’effet puits de carbone des prairies dans nos conditions d’élevage, une information qui n’est pas souvent prise en compte dans les chiffres liés à l’impact GES de l’élevage repris par les médias.

 

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